Interview Chaoseum

« la Suisse c’est petit, la Suisse Romande c’est plus petit et le Metal Suisse encore plus c’est petit »


Par Christophe Favière – Photo © Dwidoo
Interview réalisée lors du Fertois Metal Fest

Eternellement comparés à Korn, les Suisses de Chaoseum révèlent toutefois une musique extrêmement riche. Du Nu Metal au Grunge d’Alice In Chains en passant par le Metalcore, il serait injuste de les cantonner à l’influence du combo de Jonathan Davis. Rencontre avec le chanteur et le bassiste du groupe avant leur montée sur scène en tête d’affiche du Fertois Metal Fest
Retrouvez le live report du festival ici -> et ici ->

Pouvez-vous vous présenter et nous présenter le groupe ?
CK Smile : je suis au chant.
Finn : à la basse.
CK Smile : le groupe a été créé en 2018 en région Lausannoise en Suisse. Il y a eu quelques changements de line up car au début c’était une chanteuse qui officiait, Lola. Le groupe a fait sa première tournée avec Soulfly en 2018, et à leur retour, pour différentes raisons, ils ont décidé de changer de vocaliste. Ils se sont donc tournés vers moi. Le groupe mélange plein d’influences, mais toujours avec une base Metal. Cela navigue entre le Nu Metal, le Metalcore, certains nous qualifient de Nu Metalcore, même si nous refusons toutes étiquettes. Nous n’en avons pas envie pour l’instant.

Comment en êtes vous venu à faire cette musique ?
Finn : mon père a toujours écouté beaucoup de musique. Pas spécialement du Metal, plutôt Pink Floyd, les Beach Boys, ce genre de trucs. De mon côté, vers l’âge de quatorze ans, j’ai eu une sorte de pétage de plombs lorsque j’ai découvert la vague Nu Metal avec Slipknot, SOAD, Korn… ça m’a tout de suite parlé. Dans ma famille je suis le seul. Donc le Metal ne vient pas vraiment de ma famille même si j’ai une base rock, c’est plutôt une découverte personnelle que j’ai fait grandir.
CK Smile : moi je baigne dans la musique depuis mon enfance. Mon père est musicien, il est guitariste, ce que je suis aussi à la base. Je le suis toujours, mais je suis plus axé sur le chant depuis 2019. Par contre, pour le côté Metal, même si mon père a écouté des groupes comme Creedence Clearwater Revival, Led Zeppelin et j’en passe, mon éducation « Metallique » vient de mon éducation religieuse stricte. Le Metal était interdit. Nous n’avions pas le droit d’en écouter. Donc plus c’était interdit, plus j’avais envie d’en écouter.

Le sale gosse quoi !
CK Smile : c’est ça, j’ai préféré jouer au sale gosse ! J’écoutais tout de même ça très discrètement.

Parlons un peu de vos sources d’inspiration. La filiation avec Korn, tout le monde la fait. Mais votre musique est assez riche et on y entend aussi des choses comme Droning Pool, Godsmack… ce sont aussi des influences ?
CK Smile : pour ma part, mon adolescence s’est faite en pleine période Nu Metal avec Korn, Slipknot, Deftone, toute la musique jusqu’à début 2000, je baignais dedans. Donc cela m’a marqué, cela ressort forcément dans la musique du groupe. Finn c’est pareil, même s’il écoute des choses un peu plus extrêmes que moi. Je suis resté bloqué dans ces années là tout simplement parce que c’était la meilleure période de ma vie. Malheureusement certains ont oubliés cette période ou crachent dessus. Pour moi c’est gravé dans mon cœur, donc oui cela ce fait énormément ressentir dans notre musique.

Comment fonctionnez-vous pour la composition ?
CK Smile : chaque personne dans le groupe à son rôle. Pour la composition, c’est moi qui m’y colle. Auparavant, notre ancien guitariste amenait les riffs, maintenant c’est moi puisque Kevin (guitare) et Finn sont nouveaux dans le groupe. Donc j’amène mes idées, et chacun réfléchit à comment développer cette idée, jusqu’à arriver au morceau final. Nous avons toujours fonctionné comme ça, il y en a un qui compose, sans fermer la porte aux autres bien entendu. Mais nous essayons de structurer la chose le plus possible.

Vous avez sorti trois albums studio et deux lives dont un acoustique. Pourquoi ce choix de sortir un live dès le second album ?
CK Smile : le premier live était pour présenter le nouveau line up après le départ de Lola, et montrer que le groupe n’était pas mort. Et puis c’était dans une belle salle, Les Docks à Lausanne, donc nous en avons profité de l’occasion pour faire un album live.

Comment travailles-tu ta voix ?
CK Smile : ben je ne la travaille pas ! (Rires) Non je déconne. Au début je ne la travaillais pas, la moitié de ce que je faisais, c’était par pure chance. Et puis un jour la chance tourne. J’ai donc pris quelques courts de chant, car je n’étais pas du tout chanteur. J’ai donc développé mon chant avec des exercices assez connus pour chauffer la voix, protéger ma voix le plus possible aussi. Donc je m’exerce beaucoup, c’est important.

Et cette similitude avec Jonathan Davis, c’est travaillé ou c’est vraiment ta voix ?
CK Smile : non, la première fois que l’on m’a dit que ma voix ressemblait à celle de Davis j’étais même déçu ! Ayant grandit dans la période Nu Metal, j’étais extrêmement fan de Deftone, donc je rêvais de chanter comme Chino Moreno ! Donc Davis pourquoi pas, après tout ce n’est pas si étonnant, lorsqu’on écoute beaucoup de musique, les choses s’impriment sur nous.

Sur certains titres c’est vraiment bluffant.
CK Smile : c’est peut-être aussi dû à la manière d’amener le chant, après mon timbre de voix se rapproche probablement de celui de Davis. Je pourrais chanter du Korn comme du Brel, j’aurais la même voix. Je ne peux et ne veux pas la modifier. Par contre, j’aime bien jouer avec ma voix pour aller chercher des sonorités un peu nasillardes à la Alice In Chains dont je suis un gros fan. Cela peut s’entendre, notamment dans le travaille des harmoniques. J’aime avoir plein de voix en même temps faire plein d’harmoniques comme ils le faisaient. Je pense que j’ai été autant influencé par Davis que par les autres chanteurs de Nu Metal. Cette manière de poser des choses beaucoup plus simples, il ne faut pas oublier que le Nu Metal a été créé pour des gens simples voulant écouter de la musique simple. Ne pas essayer de décortiquer la composition. Au final je suis content de cette comparaison, il y a pire ! (Rires)

Par moments, notamment dans tes changements de voix, cela me fait aussi penser à Mike Patton…
CK Smile : j’ai aussi été beaucoup influencé par Faith No More, Fantômas et ses autres side project. Il ne faut pas oublier que je suis guitariste. Je suis un gros fan de Steve Vai, il joue beaucoup avec les sonorités de sa guitare, Je m’amuse à faire pareil avec ma voix. Donc si tu additionne ça avec le côté « Kornien », on arrive à ce menu là !

Nous aimons la musique par laquelle nous avons été influencé. Et si ça énerve certains, on va encore plus aimer ça !


Et toi Finn comment en es-tu venu à la basse ?
Finn : alors… (Rires) ça c’est drôle. En fait de base je suis batteur.

Donc si je comprends bien, vous avez un guitariste chanteur et un batteur bassiste ! (Rires)
Finn : le plus drôle, c’est que pendant dix nous avons eu un projet où CK était guitariste et moi batteur. Cela fait vingt ans que je fais de la batterie, mais j’ai toujours aimé bidouiller un peu tous les instruments. Il y a à peu près deux ans, je me suis acheté une basse car c’est un instrument que j’adore. La guitare j’aime bien mais il y a trop de cordes et elles ne sont pas assez grosses ! (Rires)
CK Smile : l’excuse !
Finn : du coup j’ai commencé à faire de la basse. J’adore voir les bassistes, je trouve ça très impressionnant. J’ai commencé à suivre le groupe il y a environ un an pour leur tournée aux Etats-Unis. Au départ il n’y avait pas de bassiste dans le groupe, lorsque j’ai appris que ce n’était pas une fin en soit, je leur ai donc proposé mes services en travaillant énormément mon jeu. En fin d’année dernière, le guitariste est parti et je me suis dit que c’était le bon moment. Je suis donc retourné les voir, et après des auditions et beaucoup de discussions, j’ai intégré le groupe en avril.

Au culot quoi !
Finn : c’est ça, je me suis dit « pourquoi les autres et pas moi, je ne suis pas moins capable ». Je fonctionne comme ça dans la vie, et de temps en temps, ça paye !
CK Smile : Ouais, il trainait dans le coin et comme aucune colo ne voulait de lui pour les vacances, on l’a pris ! (Rires)

D’autres anecdotes ?
CK Smile : oui, en fait au tout début du projet, ils avaient déjà pensé à moi pour le chant. J’en fût étonné étant guitariste. J’avais fait de la musique avec l’ancien guitariste et il m’avait déjà entendu pousser quelques petites braillées, des cris par là, une ligne de chant par ici. Il avait trouvé mon style très Nu Metal et c’est ce qu’ils recherchaient. J’ai essayé et nous avons composé la chanson « First Step To Hell ». Je pense qu’à l’époque j’ai sorti le mode d’emploi du frigo et j’ai créé une ligne de voix en chantant un peu n’importe quoi ! (Rires) Par la suite les choses ont fait que je n’avais pas assez de temps à consacrer à ce projet. Ils voulaient faire les choses un peu à l’envers, c’est à dire qu’au lieu de commencer par s’enfermer dans un local pendant des mois pour ensuite commencer à faire des lives, eux voulaient tout de suite faire plein de lives et voir ensuite pour les répets’. A l’heure actuelle nous n’avons toujours pas répété ! (Rires) J’ai dû leur dire que je n’allais pas pouvoir les suivre, ils se sont donc tournés vers une chanteuse, Lola. Lorsqu’elle a quitté le groupe ils sont revenus vers moi et cette fois-ci c’était bon.

Le contact avec le public via les réseaux sociaux, c’est important pour vous ?
CK Smile : oui, nous écoutons beaucoup les retours des fans. Nous essayons de lire chaque message et de répondre le plus possible. Le problème c’est que sur les réseaux tu dois beaucoup filtrer car il y a de tout. Nous essayons vraiment de faire au mieux, ce n’est pas toujours facile, mais en général cela se passe bien. De toute façon en 2024, tu ne peux passer à côté des réseaux. Cela fait parler et il faut vivre avec son temps. Mais pour nous c’est un plaisir le contact avec le public. Nous donnons beaucoup d’énergie qu’ils nous retransmettent après

Et puis c’est votre génération, vous devez avoir quoi, 25 ans ?
CK Smile : (mort de rire) c’est vrai ? Tu penses ça ? C’est gentil, mais non, j’en ai trente-huit.
Finn : et moi trente-six.

Vous ne les faites pas ! (Rires) Donc vous n’êtes pas encore de la génération internet et réseaux sociaux ?
CK Smile : non, juste avant. C’est pour cela que nous avons grandit avec le Nu Metal dans les années nonante, heu pardon, quatre-vingt-dix ! Je suis un peu un vieux-jeune essayant d’entrer dans ce monde des réseaux sociaux, mais en même temps je recule très vite dès que je ne comprends plus, et donc je recule souvent ! (Rires) Maintenant je vois la différence par rapport à lorsque j’étais ado, le meilleur moyen de faire de la promo était de placarder des affiches partout en ville, aujourd’hui il y a ça et c’est immense. On aurait adoré avoir ça avant les années 2000.

Et pour les fans cela a changé le rapport aux groupes…
CK Smile : pouvoir avoir cette proximité avec des gens qui ne nous parlent jamais et à qui on ne parle jamais, donne l’occasion de voir qui sont ces personnes qui nous suivent. Cela nous permet de les connaître, et eux de nous connaître aussi. C’est assez étonnant de se faire traiter de trous du cul par des gens ne nous ayant jamais parlé ! (Rires)
Finn : les groupes de l’époque n’ont pas été habitués à ça, quelque soit leur notoriété, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas rencontrer les gens, c’est juste qu’ils ne sont pas habitués à avoir ce contact direct. Actuellement les groupes sont rapidement au contact de leur public, c’est devenu une norme. Il y a moins de barrières. Il y a aussi toute la génération de ce qu’on appelle les groupes TicToc se faisant connaître uniquement par les réseaux sociaux, ce que beaucoup de gens critiquent, mais ça marche, et lorsqu’ils arrivent en live, cela ne leur pose évidemment aucun problème de rencontrer les gens puisqu’ils sont déjà en contact via les réseaux sociaux. Maintenant les grands groupes c’est plus compliqué, peut-être qu’ils n’aiment pas ça, ou qu’ils ne savent pas comment gérer le truc. Slipknot au contraire ont toujours fait des meet&greet.

Parlez-nous un peu de la scène Suisse.
CK Smile : ce n’est pas une scène très développée. Ce n’est pas une légende que de se faire connaître en Suisse c’est compliqué. Il y a énormément de bons groupes, mais ils ont plus tendance à s’exporter comme ici en France voire plus loin. C’est une scène assez active, mais il faut plutôt aller dans un autre pays pour la découvrir. Comme on dit « on est jamais prophète en son propre pays ». Sauf si on est Américain !
Finn : ou Allemand ! (Rires)

Il y a tout de même une solidarité entre les groupes ?
CK Smile : ce n’est pas mon impression. Il y a du copinage, mais comme chacun essaye de s’exporter, c’est un peu chacun pour soit. On se connaît, on se respecte, mais il n’y a pas de réelle unité du genre « Allez, on part tous ensemble conquérir le monde ! ».
Finn : la Suisse c’est petit, la Suisse Romande c’est plus petit et le Metal Suisse encore plus c’est petit. Donc oui, on se connaît entre groupes Suisses Romans, mais la grosse majorité de la scène vient de la Suisse Allemande. Avec le Greenfield Festival qui marche bien en Suisse, ainsi que d’autres, il y a une bonne dynamique autour du Metal Suisse Allemand. La Suisse Romande c’est très calme.
CK Smile : au Greefield Festival il y a beaucoup de grosses têtes d’affiches internationales, elles adorent aller là-bas. Le cadre est magnifique.

Je ne connaissais pas ce festival !
CK Smile : alors je t’invite à y aller ! Ce n’est pas un énorme festival comme le Wacken ou le Hellfest, mais cependant c’est vraiment bien, l’ambiance y est toujours géniale. La chaleur en moins !

C’est sûr qu’au Hellfest la chaleur…
CK Smile : d’ailleurs, pour les lecteurs, nous sommes en train de perler sévère !
Finn : en même temps, la tente est chaude !
CK Smile : on a le droit de dire ça ? La tente est chaude ? (Rires)
A l’unisson : La tante à qui ? (Rires)

Bon, alors on va passer à la question qui fâche ! Ça fait quoi d’être un cover band de Korn ? (Gros silence)
CK Smile : honnêtement, quand je vois à quel point ça fait chier certaines personnes, j’ai encore plus envie de leur ressembler (Rires). J’ai encore plus envie de les faire chier, et on va les faire chier !
Finn : tu te rappelles le sale gosse dont on parlait au début de l’interview ? Ben il est là ! (Rires)
CK Smile : ça a tendance à me foutre un pétard dans le cul ! Ca m’excite ! Plus sérieusement, ça fait plaisir. Parce qu’être comparé à un groupe international devenu un empire aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’on fait de la merde. Ou alors ils sont en train de traiter Korn de groupe de merde !
Finn : c’est une bonne comparaison.
CK Smile : je ne vais pas les blâmer. Effectivement il y a des influences, on ne va pas le nier. On ne va pas dire à un groupe de Deathcore qu’ils ressemblent à tel ou tel groupe, ils sont au courant puisque c’est la musique qu’ils aiment. Nous faisons exactement pareil. Nous aimons la musique par laquelle nous avons été influencé. Et si ça énerve certains, on va encore plus aimer ça !

Super réponse ! Je vous laisse le petit mot de la fin…
CK Smile : Keep your smile motherfucker !
Finn : après ça je ne sais plus quoi dire ! (Rires) Merci pour cette interview. C’est un super festival, on se réjouit de jouer ce soir, ce ne sont que des bons moments. Merci !

Quel est votre groupe préféré actuel de Rock Stoner ou de Rock Prog ?
Myriam El Moumni :
  En ce moment, je dirai Messa, le groupe italien de Metal qui sonne Doom. La voix du chanteur est très bien. Les musiciens mélangent pas mal de sons différents : du Jazz, des instruments méditerranéens. C’est original d’entendre la lourdeur et le côté incantatoire du stoner mais avec une approche plus Jazz.
Eva Hägen :
Je répondraiStoned Jesus. J’ai découvert il y a une dizaine d’années le genre Stoner avec eux. On a fait deux dates ensemble, ce qui m ‘a permis de les découvrir live.

L’association « Nous toutes 29 » est très présente cette année pour dénoncer toute forme de violence sexiste et sexuelle. Pensez-vous que cette démarche soit suffisante pour améliorer les relations homme/femme, garçon/fille à l’heure actuelle ?
Eva Hägen :
C’est bien que cela soit mis en place et c’est essentiel sur un lieu comme un festival où il y a énormément de monde, avec des comportements loin d’être terribles à cause de l’alcool, de la proximité. C’est une très bonne initiative et on encourage ce type d’associations. Or, ce ne sera jamais suffisant pour tout régler car il y aura toujours des personnes mal intentionnées pour venir mettre leur grain de sel, voire agresser physiquement ou sexuellement des personnes se trouvant sur le festival. Malheureusement malgré toutes les bonnes intentions et informations, l’évolution des pensées sera nécessaire.
Edith Seguier :
Je pense qu’il y a une véritable évolution dans la société et cela fait du bien de voir plus de femmes dans la programmation, dans les festivals et qui travaillent sur scène. De plus, cette prévention démontre qu’il y a une véritable volonté de changer les choses.
Myriam El Moumni :
Je crois que le fait que cela soit rendu plus visible, par exemple, de mettre des messages à côté du bar, à côté des toilettes, permet de mettre le problème au cœur des pensées de tous. Grâce à ces associations, on est dans un festival et on est là pour faire attention aux uns et aux autres, d’être solidaires sur ce genre de problème. Si on voit quelqu’un qui a un mauvais comportement, il ne faut pas laisser passer les choses en disant ; « ça ne me regarde pas ! » C’est notre responsabilité à tous quand on est dans un festival.

Et dans la même veine que pensez-vous de l’association More women on stage ? Justement comme vous êtes un trio 100 % féminin que voyez-vous en Backstage ?
Eva Hägen :
Cela a eu un réel impact. Il y a vraiment une évolution des mentalités visibles autour de la mise en visibilité des femmes sur scène, en backstage et à la technique depuis plusieurs années avec le slogan « more women on stage ». Plus de femmes osent venir à des festivals prendre la parole, faire du son, de la musique et être bénévole. Il y a aussi des hommes qui se rendent compte que la question ne se posait pas auparavant. Grâce à ces associations, ils se disent : « Je n’avais jamais remarqué et maintenant que vous en parlez, c’est vrai, c’est bizarre ! » Il y a beaucoup d’hommes qui m’ont dit : « oui, ça ne m’a jamais posé problème mais maintenant que vous avez mis le doigt sur le sujet, ça lève le rideau sur un problème ».  (NDJ : problème d’égalité !)  Il y a des musiciens que l’on croise et qui nous confirment que ce slogan a eu un impact.

Certes dans le Metal, il y a un public très masculin et plus la musique est extrême, plus l’audience est masculine par rapport à d’autres styles comme le Glam Rock où c’est du 50-50, par exemple.
Eva Hägen :
Cela dépend également de la qualité de la musique proposée. Par exemple, dans les paroles ce qui est mis en valeur et qui sont exclusivement masculines, c’est souvent l’image de la femme qui n’est pas terrible. Elle n’est pas mise en valeur ; si elle n’est pas décapitée, battue dans les ronces ou violée ou à poil sur tous les T-shirts. Cela ne fait pas super envie au public féminin de venir sur cette scène ou de faire partie de cet univers. Plus, il y aura de femmes, moins il y aura de sexualisation dans le Metal et dans la musique extrême, et plus il pourra y avoir de femmes dans la musique extrême. C’est un cercle vertueux.

Avez-vous d’autres idées ou d’autres solutions pour combattre ce problème sociétal de violence sexiste ?
Eva Hägen :
Que les hommes prennent part au combat. Ils sont autant concernés que les femmes même si elles sont plus souvent victimes. Que les musiciens sur scène et off stage aussi osent prendre la parole car cela les concerne aussi directement ou indirectement (des amis, des proches ou des connaissances).
Myriam El Moumni :
C’est aux groupes aussi de choisir leur public. On n’a pas à subir le public par rapport à la musique que l’on fait. Dans les concerts où il y a pas mal de pogos, de mosh pits, les chanteurs peuvent dire : « Stop, là c’est trop violent ! Prenez soin les uns des autres. »
Edith Seguier :
C’est clairement aux artistes de prendre la parole et justement Eva l’a prise souvent au Hellfest. Tout le monde a le droit de s’exprimer, de faire attention à son public. Quand on est au-dessus de la scène, on voit tout ce qui se passe et on a le droit d’émettre des règles.
Eva Hägen :
C’est même une responsabilité à partir du moment où l’on a un micro.
Edith Seguie :
Un groupe peut se dire qu’il ne fait que de la musique, pas de politique. Ce n’est que de l’art. Pour moi, l’art a toujours été politique et le reste encore. On ne peut pas séparer les deux et c’est à nous de faire passer le message.

Votre dernier album « This Too Shall Pass » date de 2023. Avez-vous créé de nouveaux morceaux depuis ?
Eva Hägen : On connaît déjà la direction que va prendre la suite du projet. Par rapport à ce que l’on a déjà évoqué sur le Hellfest, on communie encore mieux avec le public et ces derniers mois, on a rassemblé, selon nos envies, des petits bouts de morceaux. On a aussi des nouveautés et on espère sortir quelque chose l’année prochaine.

« On donc envie que le second album soit aussi complet et plaise autant »

Avez-vous déjà entamé le processus d’écriture, de composition ?
Eva Hägen :
On va écrire et composer de la même manière que pour l’album précédent. C’est-à-dire : on se pose toutes les trois et on réfléchit sur ce que l’on a envie de dire. On le propose ensemble. On souhaite faire quelque chose d’aussi efficace que notre premier album, il a été tellement beaucoup, on a donc envie que le second soit aussi complet et plaise autant, qu’il soit à la hauteur. C’est dur de passer au deuxième album.

C’est dur de passer au second. Pouvez-vous en préciser les raisons plus clairement ?
Eva Hägen :
On sent qu’il y a des attentes alors qu’au premier album on n’en était qu’au tout début. On était un jeune groupe avec un EP. Il n’y avait pas énormément de matière sur cet EP de cinq titres et on avait de quoi spéculer pour la suite. Tandis que là, avec la direction prise par le premier album, il y a beaucoup de personnes qui nous demandent : « Alors ça va être plus Metal ou plus plus classique, plus Prog ? »
Myriam El Moumni :
On a écrit des textes, on a donné aussi beaucoup d’idées et là on a plein de petits morceaux de puzzle à droite, à gauche que l’on va rassembler petit à petit pour créer des chansons. Comme on se déplaçait en van, on a fait la place d’honneur aux paroles des chansons plus qu’à la musique.

Justement vos prochains textes parleront de quoi exactement ?
Eva Hägen :
Les thèmes portent toujours sur la métaphysique, la philosophie et beaucoup sur les émotions. Certaines chansons vont parler sur l’identité du musicien, ce qu’est être un musicien, d’avoir un train de vie comme on a eu l’an dernier, c’est-à-dire d’être rarement chez soi, de voir rarement ses amis et sa famille. Voilà, le thème du déracinement pour exercer son métier va intervenir plusieurs fois dans l’album.

La fin de cette interview approche et le dernier mot est pour vous. Que souhaitez-vous rajouter ?
Eva Hägen :
Soutenez les petits médias, les groupes émergents, les scènes locales, les artisans et les bénévoles.

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