Interview Grandma’s Ashes

« Cela fait du bien de voir plus de femmes dans la programmation »


Interview réalisée le 15 août 2024 au Motocultor festival par Martine Varago

Alors que le Motocultor est terminé pour cette édition 2024, retrouvons les acteurs de scène de cette année avec Grandma’s Ashes.

Depuis votre passage au Hellfest 2023 quelle évolution a pris le groupe ?
Eva Hägen : Je pense que c’est important de prendre en compte le public. De plus, avoir des interactions avec le public c’est intéressant et c’est génial. Le Hellfest nous a apporté une expérience scénique géniale et a changé notre façon de répéter. Les concerts suivants, on pensait énormément au public du Hellfest et on s’est dit qu’on avait envie d’avoir un groupe qui tente plus vers le festival, de s’amuser plus et de communiquer plus avec le public.
Edith Seguier : Ça nous a fait grandir de jouer devant autant de gens : on se sent toute puissante. Cela nous a fait gagner en confiance et on s’est dit qu’on pouvait faire encore davantage de gros festivals comme ça. On s’est rendu compte aussi que certaines chansons marchent mieux en festival et on prend du plaisir car, par rapport aux années précédentes, on était plus dans la contemplation, l’introspection. Tout compte fait, cela nous a fait réaliser que l’on a aussi envie de s’amuser !
Myriam El Moumni : Je partage leur avis et je pense que cela nous a rendues aussi plus efficaces.

Quel est votre groupe préféré actuel de Rock Stoner ou de Rock Prog ?
Myriam El Moumni :
  En ce moment, je dirai Messa, le groupe italien de Metal qui sonne Doom. La voix du chanteur est très bien. Les musiciens mélangent pas mal de sons différents : du Jazz, des instruments méditerranéens. C’est original d’entendre la lourdeur et le côté incantatoire du stoner mais avec une approche plus Jazz.
Eva Hägen :
Je répondraiStoned Jesus. J’ai découvert il y a une dizaine d’années le genre Stoner avec eux. On a fait deux dates ensemble, ce qui m ‘a permis de les découvrir live.

L’association « Nous toutes 29 » est très présente cette année pour dénoncer toute forme de violence sexiste et sexuelle. Pensez-vous que cette démarche soit suffisante pour améliorer les relations homme/femme, garçon/fille à l’heure actuelle ?
Eva Hägen :
C’est bien que cela soit mis en place et c’est essentiel sur un lieu comme un festival où il y a énormément de monde, avec des comportements loin d’être terribles à cause de l’alcool, de la proximité. C’est une très bonne initiative et on encourage ce type d’associations. Or, ce ne sera jamais suffisant pour tout régler car il y aura toujours des personnes mal intentionnées pour venir mettre leur grain de sel, voire agresser physiquement ou sexuellement des personnes se trouvant sur le festival. Malheureusement malgré toutes les bonnes intentions et informations, l’évolution des pensées sera nécessaire.
Edith Seguier :
Je pense qu’il y a une véritable évolution dans la société et cela fait du bien de voir plus de femmes dans la programmation, dans les festivals et qui travaillent sur scène. De plus, cette prévention démontre qu’il y a une véritable volonté de changer les choses.
Myriam El Moumni :
Je crois que le fait que cela soit rendu plus visible, par exemple, de mettre des messages à côté du bar, à côté des toilettes, permet de mettre le problème au cœur des pensées de tous. Grâce à ces associations, on est dans un festival et on est là pour faire attention aux uns et aux autres, d’être solidaires sur ce genre de problème. Si on voit quelqu’un qui a un mauvais comportement, il ne faut pas laisser passer les choses en disant ; « ça ne me regarde pas ! » C’est notre responsabilité à tous quand on est dans un festival.

Et dans la même veine que pensez-vous de l’association More women on stage ? Justement comme vous êtes un trio 100 % féminin que voyez-vous en Backstage ?
Eva Hägen :
Cela a eu un réel impact. Il y a vraiment une évolution des mentalités visibles autour de la mise en visibilité des femmes sur scène, en backstage et à la technique depuis plusieurs années avec le slogan « more women on stage ». Plus de femmes osent venir à des festivals prendre la parole, faire du son, de la musique et être bénévole. Il y a aussi des hommes qui se rendent compte que la question ne se posait pas auparavant. Grâce à ces associations, ils se disent : « Je n’avais jamais remarqué et maintenant que vous en parlez, c’est vrai, c’est bizarre ! » Il y a beaucoup d’hommes qui m’ont dit : « oui, ça ne m’a jamais posé problème mais maintenant que vous avez mis le doigt sur le sujet, ça lève le rideau sur un problème ».  (NDJ : problème d’égalité !)  Il y a des musiciens que l’on croise et qui nous confirment que ce slogan a eu un impact.

Certes dans le Metal, il y a un public très masculin et plus la musique est extrême, plus l’audience est masculine par rapport à d’autres styles comme le Glam Rock où c’est du 50-50, par exemple.
Eva Hägen :
Cela dépend également de la qualité de la musique proposée. Par exemple, dans les paroles ce qui est mis en valeur et qui sont exclusivement masculines, c’est souvent l’image de la femme qui n’est pas terrible. Elle n’est pas mise en valeur ; si elle n’est pas décapitée, battue dans les ronces ou violée ou à poil sur tous les T-shirts. Cela ne fait pas super envie au public féminin de venir sur cette scène ou de faire partie de cet univers. Plus, il y aura de femmes, moins il y aura de sexualisation dans le Metal et dans la musique extrême, et plus il pourra y avoir de femmes dans la musique extrême. C’est un cercle vertueux.

Avez-vous d’autres idées ou d’autres solutions pour combattre ce problème sociétal de violence sexiste ?
Eva Hägen :
Que les hommes prennent part au combat. Ils sont autant concernés que les femmes même si elles sont plus souvent victimes. Que les musiciens sur scène et off stage aussi osent prendre la parole car cela les concerne aussi directement ou indirectement (des amis, des proches ou des connaissances).
Myriam El Moumni :
C’est aux groupes aussi de choisir leur public. On n’a pas à subir le public par rapport à la musique que l’on fait. Dans les concerts où il y a pas mal de pogos, de mosh pits, les chanteurs peuvent dire : « Stop, là c’est trop violent ! Prenez soin les uns des autres. »
Edith Seguier :
C’est clairement aux artistes de prendre la parole et justement Eva l’a prise souvent au Hellfest. Tout le monde a le droit de s’exprimer, de faire attention à son public. Quand on est au-dessus de la scène, on voit tout ce qui se passe et on a le droit d’émettre des règles.
Eva Hägen :
C’est même une responsabilité à partir du moment où l’on a un micro.
Edith Seguie :
Un groupe peut se dire qu’il ne fait que de la musique, pas de politique. Ce n’est que de l’art. Pour moi, l’art a toujours été politique et le reste encore. On ne peut pas séparer les deux et c’est à nous de faire passer le message.

Votre dernier album « This Too Shall Pass » date de 2023. Avez-vous créé de nouveaux morceaux depuis ?
Eva Hägen : On connaît déjà la direction que va prendre la suite du projet. Par rapport à ce que l’on a déjà évoqué sur le Hellfest, on communie encore mieux avec le public et ces derniers mois, on a rassemblé, selon nos envies, des petits bouts de morceaux. On a aussi des nouveautés et on espère sortir quelque chose l’année prochaine.

« On donc envie que le second album soit aussi complet et plaise autant »

Avez-vous déjà entamé le processus d’écriture, de composition ?
Eva Hägen :
On va écrire et composer de la même manière que pour l’album précédent. C’est-à-dire : on se pose toutes les trois et on réfléchit sur ce que l’on a envie de dire. On le propose ensemble. On souhaite faire quelque chose d’aussi efficace que notre premier album, il a été tellement beaucoup, on a donc envie que le second soit aussi complet et plaise autant, qu’il soit à la hauteur. C’est dur de passer au deuxième album.

C’est dur de passer au second. Pouvez-vous en préciser les raisons plus clairement ?
Eva Hägen :
On sent qu’il y a des attentes alors qu’au premier album on n’en était qu’au tout début. On était un jeune groupe avec un EP. Il n’y avait pas énormément de matière sur cet EP de cinq titres et on avait de quoi spéculer pour la suite. Tandis que là, avec la direction prise par le premier album, il y a beaucoup de personnes qui nous demandent : « Alors ça va être plus Metal ou plus plus classique, plus Prog ? »
Myriam El Moumni :
On a écrit des textes, on a donné aussi beaucoup d’idées et là on a plein de petits morceaux de puzzle à droite, à gauche que l’on va rassembler petit à petit pour créer des chansons. Comme on se déplaçait en van, on a fait la place d’honneur aux paroles des chansons plus qu’à la musique.

Justement vos prochains textes parleront de quoi exactement ?
Eva Hägen :
Les thèmes portent toujours sur la métaphysique, la philosophie et beaucoup sur les émotions. Certaines chansons vont parler sur l’identité du musicien, ce qu’est être un musicien, d’avoir un train de vie comme on a eu l’an dernier, c’est-à-dire d’être rarement chez soi, de voir rarement ses amis et sa famille. Voilà, le thème du déracinement pour exercer son métier va intervenir plusieurs fois dans l’album.

La fin de cette interview approche et le dernier mot est pour vous. Que souhaitez-vous rajouter ?
Eva Hägen :
Soutenez les petits médias, les groupes émergents, les scènes locales, les artisans et les bénévoles.

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