Interview Grandma’s Ashes

« On voulait un côté cathartique pour se défaire des impuretés »


Avec ses riffs puissants, son chant affirmé, ses dooms originaux, le trio féminin Grandma’s Ashes convainc un public hétérogène. Depuis 2017, ce groupe français nous invite à un voyage musical introspectif. Composé de Eva Hagen (chant, basse), Myriam El Moumni (guitare, chœurs) et Edith Seguier (batterie, chœurs), il sort un premier EP « The Fates » en 2021 puis un debut album « This Too Shall Pass » en février 2023. Des prestations scéniques avec des moments intenses à la fois doom, psyché et prog surprennent. Ces trois musiciennes, compositrices, jouent bien et ont un avenir prometteur. Influencées par les groupes de hard rock et rock progressif des années 70 et 90, elles n’en ont pas gardé pour autant l’attitude rock. Boosteleson réalise l’interview de la guitariste Myriam à la Maroquinerie, quasiment à la sortie du Hellfest.

Interview et photos par Martine Varago

Boosteleson : Votre groupe est en constante évolution, avec une douzaine de concerts en 2017, vous doublez le nombre de prestations pour parvenir à jouer au Hellfest en 2023. Voici ce que l’on peut qualifier d’une belle ascension dans le monde du rock devenu très compétitif. Comment en êtes-vous parvenues à ce stade ?
Myriam
 : Au début, on a travaillé en indé, on se bookait des dates. A force de jouer à droite, à gauche, on s’est fait des amis, des connaissances : groupes, programmateurs, organisateurs. On a commencé à entendre parler de nous et on s’est fait une fan base solide. Au bout de 4 ans, on a fini par tomber sur 3C, notre booker actuel. On a joué au Fiacre, une cave à Bordeaux qui accueillait des groupes. On s’est rendu compte que c’est Jimmy de Mars Red Sky qui organisait. Whaooo, c’était fou ! On a joué là-bas. Il a eu un coup de cœur sur notre groupe. On bosse avec lui depuis un an et c’est grâce à lui que les dates ont commencé à tomber de manière beaucoup plus régulière.

Boosteleson : Justement, vous venez de jouer au Hellfest pour la première fois de votre vie devant des milliers de spectateurs, comment l’avez-vous vécu ?
Myriam
 : On ne s’y attendait pas, il a fallu remplacer Stoned Jesus et répondre au pied levé, dans l’heure qui suivait. Bien sûr, on a accepté ! On s’est préparées : on a répété une ou deux fois. On était prêtes et quand on est arrivées devant la scène de La Vallée, on a vu King Buffalo jouer devant deux milliers de personnes. Puis, c’est parti ! On s’est fait confiance. On a joué assez proches l’une de l’autre sur scène du mieux que l’on pouvait. Cela s’est très bien passé : on était hyper heureuses ! C’était impressionnant de voir toute cette foule. C’est un concert extatique !

Boosteleson : N’étiez-vous pas stressées avant de jouer ?
Myriam : Franchement pas plus que d’habitude. On est plus stressées de jouer devant une centaine de personnes, devant des amis ou des gens qu’on connaît. Là, il y a tant de gens qu’on se dit : « voilà c’est parti ! ». Non, franchement ça va.

Boosteleson : Quel moment as-tu préféré sur scène ?
Myriam
 : Je pense qu’il y a un instant live de notre morceau « Caffeine », super psychédélique et doom à la fois où il y a une montée psyché et ensuite il y a un passage doom hyper prenant. Ça c’est un moment que j’ai vraiment beaucoup aimé. Et surtout à la fin du concert, on a levé nos instruments. Notre batteuse Eva portait un tee-shirt mentionnant « No abuse On Stage ». Sur ma guitare, j’avais écrit « No abuse Backstage ». On a reçu alors une forte ovation de la part du public. C’est le moment où j’ai ressenti le plus de frissons : ces gens qui applaudissent et qui répondent positivement à notre message que l’on a essayé de transmettre.

Boosteleson : Ensuite vous quittez la scène et vous allez au backstage : est-ce que vous y avez rencontré des musiciens et des musiciennes ?
Myriam : On a croisé le groupe suivant qui était Earthless. Il nous a félicitées et on était très contentes d’être félicitées par ce groupe. Ensuite on a enchaîné avec deux heures d’interview. On n’a pas eu le temps de souffler ni de redescendre. Enfin, nous sommes allées vadrouiller dans le festival prendre des photos avec les gens. À un moment, on a croisé Steven Wilson en train de boire son café juste après avoir joué. Ça fait quelque chose de le voir !

Boosteleson : Le nom du groupe ainsi que le titre de votre premier album « This Too Shall Pass » dépeignent une atmosphère mortuaire. Qu’est-ce qui vous a donné envie de choisir ce nom ?
Myriam : C’est une sorte d’humour noir. Quand j’ai rencontré Eva au début, on s’est retrouvées sur cet aspect. On se sert pas mal de l’humour et du rire pour se défendre. On s’est dit que pour choisir un nom de groupe ou pour faire une chanson, on voulait un côté cathartique pour se défaire des impuretés. On avait pensé à des jeux de mots avec Lucifer. On aimait aussi beaucoup la chanson « Ashes To Ashes » de David Bowie. Il y avait une réelle volonté d’apporter un côté morbide, sombre à notre nom de groupe. Donc on a songé à Grandma’s Ashes et le nom est resté.

Boosteleson : Revenons à votre premier album, produit et mixé par Fred Lefranc au studio Bruit d’Avril (Pogo Car Crash Control), comment vous êtes-vous rencontrés ?
Myriam : C’est notre manageuse qui nous l’a présenté alors que nous avions plutôt des contacts avec des ingés son anglo-saxons. Partir à l’étranger avec un inconnu ne correspondait pas à ce qu’on voulait vraiment. L’avantage de travailler avec Fred, c’est qu’on a pu échanger avec lui avant de commencer et de s’assurer qu’on avait la même vision des choses. Il nous a proposé de lui envoyer les maquettes, de nous aiguiller au niveau des structures. Nous sommes toutes les trois assez créatives et on a tendance à faire des chansons très longues, à rallonge et comprenant plein de parties. Il nous a aidé à être plus efficaces dans notre travail. Par exemple, en live, on peut rallonger les morceaux. Par contre, en studio, c’est un autre concept, une autre manière pour le public de les recevoir. L’auditeur va écouter ça chez lui ou chez elle, ou dans sa voiture. Des fois il vaut mieux aller droit au but. Travailler avec lui, ça a été vachement bien. Au niveau du son, il nous a aidé à être homogènes. J’avais déjà une idée de mon son de guitare. On voulait quelque chose de très brutal pour la batterie et on a réussi le pari ensemble.

Boosteleson : Qui compose dans le groupe ?
Myriam
 : Au début, c’était plutôt Eva qui rapportait les textes mais on compose toutes les trois. Édith faisait ses parties de batterie, moi, les riffs. Or, pour cet album, on a eu une approche différente : on s’est mises à écrire toutes les trois justement du fait des expériences vécues pendant le confinement, la perte de proches et la sensation d’être perdues dans un monde qui va à tout allure et pas dans le bon sens. On avait envie d’écrire toutes les trois sur des sujets de deuil ou d’anxiété. On passe beaucoup de temps, 24 heures autour d’une tasse de thé pour parler de ce que l’on a envie de faire musicalement et pour avoir un véritable consensus. Ensuite, on jam et à partir de ces jams on écrit les paroles dessus, des mélodies. Et ça fait un morceau final.

Boosteleson : Autour d’une tasse de thé ?! En général, c’est autour d’une bière ! (MDR)
Myriam : On est un peu des mémés : on répète de 10 heures à 18h autour d’une tasse de thé. 

Boosteleson : Contrairement à la tendance actuelle où le metal extrême et la musique extrême explosent, vous êtes un groupe plutôt dans la douceur, dans la mélodie.
Myriam : Justement, c’était intéressant car lorsque l’on a joué au Hellfest, la programmation de la Vallée était plutôt stoner, psyché voire un peu bluesy. Finalement, je me disais que cette scène était la plus douce de tout le Hellfest quand on voit Earthless ou Clutch. Après on est passées voir Lorna Shore, Monster Magnet, par exemple. Cela nous correspondait bien d’être parmi eux lors de cette édition. On en était très fières et très honorées.

Boosteleson : Quelles ont été vos influences d’écoute musicale ?
Myriam : C’est très varié. Les influences nous suivent depuis notre adolescence. Nous sommes très 70’s, très rock prog comme Yes ou même les classiques tels que Black Sabbath, Led Zeppelin.  Ensuite, il y a un côté plus 90’s à la Deftones, Alice in Chains, deux groupes qui nous ont vraiment beaucoup marquées. Edith a ramené le côté metal prog dans le groupe avec des groupes actuels comme Gojira, Loathe qui étaient présents au Hellfest. Notre style, c’est ce mélange subtil de morceaux des 70’s à rallonge avec des gros riffs style années 90’s et le côté assez prog un petit peu alambiqué.

Boosteleson : Quels projets allez-vous poursuivre cette année ?
Myriam
: On va jouer au Lezart Festival à Vicq Sur Gartempe le 25 août prochain et au Down The Hill Festival à Rillaar en Belgique le 26 août. Puis, on fait une pause avant de repartir en septembre dans des clubs à travers toute la France durant les saisons d’automne et d’hiver. En ce qui concerne un prochain album, on a vidé pas mal nos émotions sur ce premier album et on va se laisser un peu de temps pour réfléchir. Mais on commence à recomposer : cela donnera certainement un deuxième album mais pour l’instant, on va lâcher plein de jams, plein de chansons.

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