Interview Yann Le Baraillec, boss du Motocultor

« Plus de punk, plus de stoner…”


par Martine Varago

2007-2023, L’histoire d’un festival qui démarre à 200 entrées pour multiplier sa fréquentation par trois cents ! Le Motocultor, festival des musiques rock et extrêmes, est devenu un incontournable dans le paysage metal français. Considéré comme le petit frère du Hellfest à taille plus humaine, il déménage cette année à Carhaix Plouguer, dans le Finistère, sur la terre des Vieilles Charrues pour pérenniser sa formule 4 jours. Entretien avec Yann Le Baraillec, son fondateur, à l’occasion de son passage au Dr Feelgood à Paris.

Boosteleson : 2007-2023.  Comment un festival à dimension familiale a-t-il pu évoluer en un festival international, deuxième festival de metal derrière le Hellfest ?  Quelles recettes avez-vous appliquées pour gérer une telle organisation ?
YLB
: On a appris sur le tas en fait. En 2007, on a commencé devant 200 personnes. Au départ il y avait la volonté de gérer et d’organiser un festival en plein air. Du coup, on a réussi à faire la première édition en 2010 et après on a atterri sur Saint Nolff, le terrain que l’on s’était fixés. On a réussi à mettre un pied là-bas en 2013, tous, bénévoles et salariés. Puis, d’année en année, on a construit un véritable réseau de bénévoles, de salariés. Les premières années, il n’y avait pas d’artiste international mais, depuis 2010, il y en a. Grâce à l’édition de 2010 et au bouche à oreille, on a réussi à faire jouer des groupes internationaux de plus en plus importants à partir de 2011. Par la suite, il y avait la volonté d’être éclectique : c’est pour cela que l’on a monté deux scènes, puis trois scènes et enfin quatre scènes. Enfin, de trois jours on est passés à quatre jours. C’est parce qu’on a des goûts éclectiques dans le métal et c’est aussi pour toucher le plus de public possible. On a aussi envie d’aller vers du rock et s’ouvrir sur d’autres styles, de l’électro et que ça reste cohérent. Mais on aime bien déborder…

Boosteleson : Est-ce un hasard si les deux grands festivals de metal se tiennent en Bretagne ?
YLB
: C’est sûrement un hasard parce que j’habite la Bretagne. Quand on a eu la volonté de se lancer, on avait décidé de créer le festival sans savoir ce qu’il y avait dans le 44. J’avais vu qu’il y avait, à l’époque, le Fury Fest qui est devenu maintenant le Hellfest. Comme eux ils étaient en juin, on s’est dit qu’on allait le faire en août. Comme ça, on change de période car les groupes qui tournent en juin auraient été les mêmes et il fallait absolument qu’on soit sur une autre période pour faire une programmation différente. Il y a aussi d’autres festivals comme le Sylak à Lyon, le Download qui n’a duré que trois éditions…

Boosteleson : Comme tu viens de l’énoncer il y a de nombreux festivals en France mais ils ne tiennent pas tous la route. Passer de trois à quatre scènes, puis de trois à quatre jours : est-ce une idée des mairies afin de développer l’économie locale ou votre propre initiative ?  Qu’est-ce que tu penses que ça a engendré comme coûts supplémentaires ?

YLB : Non cela ne vient pas des mairies. Pour avoir une réduction des coûts d’organisation, on peut le faire en passant de trois à quatre scènes. On a fait ça en 2019, et comme il n’y avait pas le choix après le Covid, il fallait réfléchir à des manières d’optimiser ces coûts, ajouter également une quatrième journée était une bonne option. En conséquence, c’est devenu un choix de la plupart des festivals de taille moyenne et des gros festivals. Et c’est maintenant la norme.

Boosteleson : En matière de programmation qui choisit les groupes ?
YLB
: Jusqu’en 2018, c’était moi et maintenant il y a une équipe de trois personnes, surtout un binôme qui fait les négociations et les confirmations. On reste à trois à réfléchir à la programmation globale du festival. On pense à programmer plus de metal dès le jeudi. L’idée maintenant, c’est aussi d’élargir sur l’ensemble du week-end : il y beaucoup plus de groupes d’ouverture qu’avant, on diversifie aussi dans le metal et d’autres styles : il y a plus de punk, plus de stoner… Le vendredi, cette année, de manière exceptionnelle, il n’y a pratiquement plus de pagan à l’exception de Wardruna qui sera sur la scène principale.

Boosteleson : Est-ce que tu dois refuser de faire jouer certains groupes ?
YLB
: Dans certains styles de musique, oui. Mais au niveau routing, en Bretagne, ce n’est pas évident pour motiver des groupes, qui ont une tournée en Allemagne, en Europe, voire en Europe centrale, de venir jusqu’en Bretagne pour retourner, ensuite, en Europe centrale. Parcourir plus de mille kilomètres ce n’est pas toujours évident ! Parfois on ne se met pas d’accord avec un groupe et on refuse leurs conditions. Ça arrive souvent. Tout comme eux peuvent refuser nos conditions. Ça dépend du deal.

Boosteleson : Justement on va parler de chiffres pour terminer. Quel était le nombre d’entrées en 2007 et quel était le nombre d’entrées en 2022. Pour les préventes 2023 avez-vous déjà des informations à ce sujet ?
YLB
: En 2007, on avait 200 entrées et en 2022 on était à 44 000 entrées ! En prévente on devrait être aux alentours de 15 000 entrées en cumul quatre jours. On espère faire entre 45 000 et 60 000 entrées.

Boosteleson : Ce n’est pas facile de faire du bénéfice car les groupes aujourd’hui demandent de plus en plus gros cachets !
YLB
: On a bien senti l’augmentation des cachets cette année.  Dans le metal, ça avait déjà augmenté avant le Covid 19 et maintenant avec l’inflation, la guerre, ça explose ! Je ne parle pas pour tous les groupes mais notamment les gros groupes. De plus, les frais de déplacement augmentent, ça coûte plus cher, donc ça fait augmenter automatiquement les cachets. Il y a une grande concurrence dans le monde des festivals européens, ça n’aide donc pas à maintenir les prix et les coûts de manière raisonnable.

Boosteleson : Est-ce qu’il y a une particularité pour cette édition 2023 ?
YLB
: Tout d’abord on change de lieu et on est passés sur le site des Vieilles Charrues à Cahraix Plouguer. C’est un changement de territoire et par conséquent un sacré challenge. On est assez excités de voir le résultat cette année !

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